Media Sustainability Index (MSI) Africa
MSI Afrique 2006-2007 - Index de viabilité des médias 2006-2007
Cameroun
- Introduction
- Objectif 1 : Liberté d’expression
- Objectif 2 : Journalisme professionnel
- Objectif 3 : Pluralité des sources d’information
- Objectif 4 : Gestion des affaires
- Objectif 5 : Institutions de soutien
- Liste des participants au panel
Introduction
Note globale du pays : 1,71
Le Cameroun, devenu indépendant en 1960, est dirigé depuis 1982 par le président Paul Biya. En 1990, M. Paul Biya a restauré un régime politique multipartiste et, à l'heure actuelle, plus de 160 partis politiques sont enregistrés. Cependant, le parti de M. Paul Biya, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), détient la majorité absolue à l'Assemblée Nationale depuis 1997. Néanmoins, le RDPC partage le pouvoir exécutif avec deux autres partis.
Au cours de l'année écoulée, plusieurs événements politiques ont retenu l'attention du public au Cameroun. Les élections générales et municipales de juillet 2007 ont été remportées, comme on s'y attendait, par le RDPC, même si de nombreux partis d'opposition ont contesté ces résultats. Après l'opération anticorruption appelée « Épervier », lancée par le premier ministre Ephraim Inoni à la demande des bailleurs des fonds internationaux, de lourdes condamnations ont été prononcées contre un certain nombre d'anciens directeurs d'entreprises d'État.
En dépit des progrès accomplis en matière de liberté politique, les médias agissent dans un contexte d'incertitude juridique que le gouvernement qualifie de « régime de tolérance »; les relations entre médias et gouvernement restent donc tendues. Cela est particulièrement vrai dans les provinces anglophones, bon nombre d'entre elles connaissent en effet des mouvements sécessionnistes et les autorités locales n'hésitent pas à s'en prendre aux journalistes qui critiquent leur gestion. De nombreux médias s'autocensurent et prennent soin de flatter le président et sa femme.
Dans l'ensemble, les panélistes ont souligné que la presse camerounaise connaissait d'importantes difficultés de développement et de fonctionnement. Les panélistes ont résumé leurs points de vue par différentes idées sur la façon d'apporter des améliorations. Ils ont suggéré, entre autres, de renforcer l'éthique et de former les journalistes sur leurs droits et responsabilités, d'encourager les institutions à améliorer les normes professionnelles et à protéger les droits des médias; d'améliorer la condition socio-économique des journalistes; d'adopter des règlements favorisant la liberté de la presse; de créer des entreprises médiatiques rentables et de mettre fin au dumping du marché publicitaire ainsi que d'accroître l'accès du public à l'information.
Dès lors, les notes attribuées par les panélistes indiquent que dans le secteur médiatique, il reste d'importants progrès à accomplir. Tous les objectifs ont obtenu des résultats assez proches de la note globale du pays, mais l'objectif 4, Gestion des affaires, a obtenu la note la plus basse, soit 1,29. Du côté des notes plus élevées, l'objectif 5, Institutions de soutien, a été le seul objectif à obtenir une note supérieure à 2, soit 2,11.
Objectif 1 : LibertÉ d'expression
Note : 1,64
La note de cet objectif correspond aux différents résultats obtenus par plusieurs indicateurs. D'une part, les panélistes ont attribué des notes élevées aux indicateurs 8 et 9, accès des médias aux informations internationales et libre accès à la profession journalistique, qui ont tous deux obtenu environ un point de plus que la moyenne. D'autre part, les panélistes ont attribué des notes inférieures à 1 pour les indicateurs 2 et 5 relatifs à l'octroi de licence aux médias électroniques et au traitement de faveur réservé aux médias de l'État.
Les lois fondamentales du Cameroun comprennent de nombreuses dispositions garantissant les libertés d'expression et d'opinion. Même si en pratique les médias en tirent un avantage, elles comportent certaines limites. Avant 1990, les médias étaient réglementés par une loi française obsolète qui comprenait des dispositions relatives à la censure préalable (et cette disposition a été maintenue jusqu'en 1996). La pluralité des sources d'information a été inexistante dans les médias de 1966 à 1990 pendant le régime à parti unique. Même si cette pluralité a été restaurée en 1990, elle n'est pas suffisante en elle-même pour garantir la viabilité des médias ou la liberté de la presse.
Les états généraux de la communication, tenus en 1994 à Yaoundé, avec le soutien de l'UNESCO, s'étaient promis de changer la situation et de mettre en œuvre au Cameroun un système moderne d'autorégulation. L'objectif était d'aborder diverses questions comme l'environnement juridique et constitutionnel, le code de déontologie et la structuration du milieu professionnel journalistique, le contenu médiatique, l'adaptation des technologies, la formation, la publicité et autres. À ce jour, les institutions d'autorégulation ne sont toujours pas en vigueur. Les résolutions prises lors des états généraux ont été oubliées. Les institutions chargées de la réglementation et créées par l'État utilisent un cadre trop théorique qui a réorienté leur objectif vers la protection du régime contre les médias
L'échiquier médiatique camerounais a été secoué en 2006 par une nouvelle tentative gouvernementale de durcissement du contrôle étatique sur les médias indépendants. Le ministre de la Communication, Pierre Moukoko Mbonjo, a déposé à l'Assemblée nationale le projet de loi no 789/PJ/AN conçu pour modifier et compléter certaines dispositions du projet de loi no 90/052 de 1990 relatif à la liberté d'expression et à la liberté de la presse. Selon l'exposé des justifications du ministre, la loi de 1990 « a eu pour conséquence majeure une importante diversification et un foisonnement considérable de titres en presse écrite ».
Faisant allusion à un « journalisme libertin » qui a défrayé la chronique, mais également aux carences professionnelles, aux atteintes à la déontologie, à la désobéissance civile et à la sédition auxquelles, selon le gouvernement, s'adonnaient les médias, la loi proposée avait pour objectif de prévenir toutes ces « dérives ». Elle le ferait en punissant une presse qui avait récemment pris la liberté d'associer certaines personnalités du gouvernement et de la société civile à de sordides affaires.
La loi proposée visait à permettre au gouvernement d'éviter que la réprimande ne soit confiée à des institutions qui pourraient échapper à son emprise en tenant elles-mêmes « le gourdin » et ainsi, agir sans tomber sous le coup de la loi. Le gouvernement cherchait à renforcer les conditions de création d'une entreprise de presse, à exercer un contrôle quotidien des publications par l'autorité administrative et à établir des exigences fiscales similaires à celles qui sont imposées à n'importe quelle entreprise commerciale.
En conséquence des pressions exercées par les responsables du Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC), le projet a été plusieurs fois renvoyé pour « réévaluation » auprès des députés de l'Assemblée Nationale. Le ministre de la Communication, qui l'a défendu avec acharnement, a organisé des consultations avec les organisations professionnelles dans son cabinet à Yaoundé, mais il a dû essuyer un deuxième refus d'examen de son projet « pédagogique » à la suite d'un vote au Parlement. Il doit cependant refaire surface à la prochaine session parlementaire.
Ce projet de loi gouvernemental controversé arrive à un moment où, après de nombreuses annonces faites à ce sujet depuis l'année dernière, les médias électroniques ont finalement commencé à obtenir des licences de diffusion. Ils étaient en activité depuis sept ans, mais sans avoir de licence et le gouvernement leur avait permis d'exercer en vertu d'un « régime de tolérance ». Les premières licences audiovisuelles ont été délivrées à la fin d'août 2007, sous le contrôle du Conseil national de la communication (CNC), qui est constitué de personnes nommées par le président.
En ce qui a trait au processus utilisé par le CNC pour les demandes de licence, le journaliste Olinga Ndoa Joseph a fait remarquer : « Il y a quelques mois, des licences d'exploitation ont été délivrées à deux opérateurs (STV et Canal 2) sans que la prise en compte d'un cahier de charge managérial soit exigée. Le seul indice d'appréciation pour le gouvernement étant le versement d'une somme de 100 millions de CFAF (240 000 $) pour les télévisions et de 50 millions de CFAF (120 000 $) pour les radios. »
Les panélistes ont jugé qu'il fallait améliorer le cadre juridique et institutionnel pour garantir la survie des entreprises de presse. Cela signifie qu'il faut mettre en place des lois de nature réglementaire convenant à tous les intéressés, à l'instar de celles de certains pays de l'Afrique de l'Ouest. Bien qu'il existe des lois au Cameroun à ce sujet, leur entrée en vigueur et leur mise en application ne sont pas complètes.
De telles lois devraient favoriser la création et l'exploitation des médias. Les panélistes ont affirmé que les principes de l'économie de marché devraient constituer la colonne vertébrale des entreprises de presse. Ils ont aussi pensé qu'il fallait accorder des exonérations fiscales aux nouvelles entreprises de presse, mettre sur pied un code d'investissement conséquent et envisager de subventionner la presse.
Les agressions physiques sur les journalistes sont rares, mais lorsqu'elles se produisent les forces de l'ordre n'y prêtent aucune attention sérieuse. Le département d'État des États-Unis a souligné dans son rapport de 2007 sur les pratiques des droits de l'homme qu'aucune arrestation n'avait eu lieu dans le cas de l'agression dont avait été victime, en novembre 2006, Agnès Taile, une présentatrice de Sweet FM. On a relaté que les forces de sécurité maltraitaient des journalistes. En juillet 2007, l'ONG congolaise Journaliste en Danger a signalé qu'un journaliste du quotidien privé Le Messager, Roland Tsapi, avait été battu par la police antiémeute alors qu'il couvrait une manifestation pacifique.
Selon Douanla Kaze, de la chaîne Dynamic FM, on ne peut objectivement parler de persécution des journalistes au Cameroun, mais plutôt d'un sentiment d'insécurité. De nombreux journalistes sont quotidiennement victimes d'intimidation ou d'agressions physiques ou verbales dès qu'ils révèlent leur profession. Les menaces, les agressions et les intimidations contre les journalistes ne sont même plus inventoriées, ont déclaré les panélistes.
À propos du traitement de faveur réservé aux médias de l'État, Jean-Marc Soboth du Syndicat National des Journalistes du Cameroun, (SNJC) , a déclaré ceci : « En réalité, un traitement de faveur est prioritairement accordé à cet effet aux médias publics qui bénéficient des largesses des annonceurs et du gouvernement en particulier. Nos confrères qui exercent dans le secteur public avaient toujours tendance à considérer leurs homologues des médias privés comme des marginaux. C'est une attitude qui avait une influence évidente sur le traitement judiciaire des délits de presse de ces derniers. En réalité, le processus législatif du pays a davantage convergé dans le sens d'une protection totale des membres du régime à travers un contrôle administratif et judiciaire de plus en plus serré. Un projet de loi introduit l'année dernière devait permettre, par exemple, aux autorités administratives de suspendre un directeur de publication et, pratiquement, d'interdire la publication de manière discrétionnaire. »
Dans les tribunaux, les procès contre les journalistes continuent à être menés de manière sommaire. Le département d'État des États-Unis signale dans son rapport de 2007 sur les pratiques des droits de l'homme au Cameroun que des lois en matière de diffamation criminelle sont en vigueur et que ces dernières sont utilisées pour intimider les médias, surtout ceux qui cherchent à dénoncer la corruption. Le rapport signale également que le fardeau de la preuve incombe au défendeur, que le gouvernement peut criminaliser les poursuites civiles et que des peines d'emprisonnement et des amendes peuvent être infligées en guise de punition.
Le gouvernement a poursuivi, au moyen de lois sur la diffamation criminelle, ceux qui l'avaient critiqué dans la presse écrite. Ces lois permettent au gouvernement, à sa discrétion et à la requête du demandeur, de criminaliser une poursuite civile en diffamation dans des cas de diffamation présumée contre le président et d'autres personnalités officielles; de tels crimes sont passibles de peines d'emprisonnement et d'amendes substantielles. D'après la loi sur la diffamation, le fardeau de la preuve appartient au défendeur. Des dirigeants locaux en particulier ont abusé de cette loi pour empêcher les journalistes de signaler des cas de corruption et de comportement abusif. En 2006, divers membres du gouvernement et des hauts fonctionnaires ont intenté neuf poursuites en diffamation contre des journalistes.
En ce qui concerne la liberté de l'information, Jean-Marc Soboth a souligné que « la liberté d'expression est, d'une manière générale, consacrée par la constitution camerounaise en vigueur. Toutefois, l'accès aux sources d'information publiques demeure complexe et fait l'objet d'un débat qui n'a pas connu d'évolution depuis la mise en place de la loi de décembre 1990 sur la liberté d'expression ». Pour illustrer des cas d'entrave à la liberté de l'information, les panélistes ont rappelé l'affaire Freedom FM. En avril 2003, le ministre de la Communication avait déployé des militaires et scellé toutes les installations de cette radio privée pour empêcher son ouverture.
Objectif 2 : Journalisme professionnel
Note : 1,65
Le seul indicateur de cet objectif à se démarquer était l'indicateur 5, salaires des journalistes, qui a obtenu un point de moins que la moyenne.
La collecte des nouvelles est loin de satisfaire aux normes de qualité professionnelle. Les reportages présentés souffrent généralement d'un traitement inéquitable, un phénomène qui tend à disqualifier la presse aux yeux du public. L'exposé de faits partiels, l'impossibilité de se déplacer pour couvrir des événements, la gestion du temps de production, l'insuffisance d'effectifs dans les salles de presse et l'ingérence des patrons (et de ceux qui placent des annonces) dans la façon de traiter l'information contribuent à amoindrir la qualité de l'information au Cameroun.
L'environnement publicitaire et les objectifs commerciaux entravent généralement le traitement libre et objectif de l'information. Ces faits sont la conséquence de la subjectivité et de la pression des partenaires commerciaux. Les journalistes sont très proches de certains milieux. Il est d'ailleurs habituel que les bailleurs de fonds, les directeurs de publication, les directeurs de chaînes, les directeurs commerciaux ou d'autres patrons apposent leur « consigne de publication » pour s'assurer qu'une information est traitée par le spécialiste approprié.
Les difficultés des journalistes de la presse indépendante à accéder aux sources d'information officielles diminuent leurs chances de fournir des informations exactes. Dans la majorité des cas, seuls les médias de l'État sont admis dans les milieux proches des représentants du gouvernement et ont accès à l'information gouvernementale.
En outre, des lacunes dans la formation obligatoire nuisent certainement à la qualité de l'information. « Il y a quatre ans, le gouvernement a publié des textes fixant les modalités d'obtention des cartes de presse. Parmi ces conditions à remplir, il y a l'exigence d'une formation initiale ou continue, comme garantie des connaissances des règles de qualité professionnelles. Malgré ce dispositif on observe toujours des écarts », regrette Dgimeli Tafopi, enseignant au département Information et Communication de l'École Supérieure de Gestion.
Les médias camerounais évoluent dans un environnement où il n'existe aucune réglementation sociale particulière. En avril 2006, les travaux de négociation et d'adoption de la toute première convention collective des journalistes dans le cadre d'une commission mixte créée par le ministre du Travail et de la Sécurité sociale avaient brusquement pris fin. La cause de cet arrêt inattendu était un mémorandum signé par les différents commissaires exigeant, comme préalable à la signature de la convention collective, la mise en application au Cameroun de la Convention de Florence qui demande une exonération fiscale pour les nouvelles entreprises de presse et la répartition équitable des redevances nationales à tous les médias de radiodiffusion. Au Cameroun, seuls les radiodiffuseurs de l'État pouvaient en bénéficier.
Seuls les syndicats de journalistes actifs, qui avaient poussé le gouvernement à créer la commission, réclamaient la reprise des négociations de la convention collective. Les pourparlers ont repris à la suite de la pression conjuguée de la Fédération internationale des journalistes et des syndicats locaux. Malgré une menace de boycottage de la part de nombreux patrons de médias privés, les pourparlers ont abouti avec succès en mars 2008.
En règle générale, les salaires dans les médias sont restés stationnaires, loin en dessous de la moyenne des entreprises du secteur tertiaire auquel est censée appartenir la presse. À Bafoussam, dans la province de l'Ouest, le SNJC a inscrit comme membres des journalistes forcés au bénévolat tandis que d'autres touchaient des salaires mensuels aussi bas que 5 000 FCFA, ce qui est moins que le salaire des domestiques les plus mal payés. Les journalistes se plaignent également de licenciements abusifs et du manque de prestations sociales et de protection médicale. Dans la seule année 2007, près d'une centaine de licenciements ont eu lieu dans les médias électroniques, surtout dans les chaînes de télévision Canal 2 et STV.
Objectif 3 : PluralitÉ des sources d'information
Note : 1,84
Dans cet objectif, les indicateurs étaient presque tous près de la moyenne. Cependant, les indicateurs 2 et 5, accès des citoyens aux médias et les médias électroniques privés produisent leurs propres émissions d'information, ont obtenu de bien meilleurs résultats; l'indicateur 2 a obtenu un point de plus que la moyenne. Par contre, l'indicateur 4, agences de presse, a obtenu plus d'un point de moins que la moyenne.
L'évolution du contexte politique des années 1990 a permis une ouverture des médias au Cameroun et l'accès pour tous les médias à de nouvelles sources d'information. La radio privée existait depuis 2000 et la télévision depuis 2001, même si elles n'ont obtenu leur licence que récemment. Une poignée de journaux relativement appréciés sont publiés de façon régulière. Cependant, la libéralisation a aussi permis l'éclosion de sources non fiables qui ont inondé le marché et dont la véracité du contenu est sujette à caution. Des centaines de tabloïds sont offerts par des entreprises de presse qui n'ont pas de véritables structures commerciales ni de capitaux afin d'assurer une sécurité de l'investissement ou de l'emploi.
L'absence de données statistiques crédibles rend difficiles la quantification et l'évaluation de l'accès du public aux informations. Certes, la libéralisation du secteur des médias a favorisé la naissance de nombreux médias, mais l'accès à ces sources est toujours un problème. « La presse écrite, du fait de certaines contingences est encore assez chère, 300 FCFA, ce qui contribue à faire des lecteurs des “titrologues”, c'est-à-dire ceux qui se contentent de lire les titres et de les commenter. Quant à Internet c'est pratiquement un luxe, car très onéreux », a souligné Beumo Mengue Bernard, journaliste à CRTV.
En ce qui concerne la presse écrite, la précarité politique et la distribution sélective par l'unique distributeur, Messapresse, constituent les principaux facteurs d'inaccessibilité. Dans le secteur de la radiodiffusion, les problèmes d'accès sont aussi préoccupants. Ainsi, l'importante offre de médias dans les milieux urbains contraste avec leur absence dans les villes secondaires.
Tous les panélistes ont fait remarquer qu'au Cameroun il n'existait plus d'agence de presse depuis la disparition de l'agence publique Camnews, qu'on a tenté de reconstituer en 1993. La principale conséquence de cette situation est une évidente difficulté pour les médias nationaux à couvrir les dix provinces que compte le Cameroun. Les médias ne s'intéressent qu'aux plus grandes villes et limitent leurs sujets aux questions relatives à l'ajustement structurel, à l'administration publique et à la politique. En raison de l'insuffisance de moyens techniques et financiers, les entreprises médiatiques sont de plus en plus dépendantes des nouvelles obtenues dans Internet et par les agences internationales. Depuis peu, ces entreprises (et plus particulièrement les radios) utilisent des tabloïds comme principales sources d'informations pour leurs bulletins de nouvelles; les panélistes ont précisé qu'elles prennent toujours soin de ne pas citer ces sources.
Les minorités et les questions qui les touchent ne reçoivent aucune attention particulière dans les médias. Et par manque de ressources, ces minorités ne peuvent pas forcer la presse à innover. De plus, les panélistes doutaient qu'un média administré par les minorités puisse survivre dans le paysage politique et financier actuel. Ils ont ajouté que l'arrivée d'un média spécialisé pourrait être perçue comme du favoritisme à l'égard de groupes ethniques particuliers et risquerait de soulever l'hostilité.
Objectif 4 : Gestion des affaires
Notes : 1,29
Tous les indicateurs de cet objectif ont obtenu des notes proches de la moyenne, même si l'indicateur 4, le pourcentage des revenus tirés de la publicité par rapport aux revenus totaux, a obtenu des résultats légèrement moins bons.
La gestion de la grande majorité des médias laisse vraiment à désirer, sauf pour certains qui se comptent sur les doigts de la main. Cette situation est due au fait que la rentabilité est la seule préoccupation de nombreux patrons en leur qualité d'hommes d'affaires, ce qui, pour les panélistes, semble être la raison qui explique leur refus d'améliorer les conditions de travail misérables des journalistes.
De l'avis général des panélistes, la gestion actuelle des médias n'est pas très différente de celle d'une épicerie. La comptabilité est entre les mains de profanes et les dirigeants des entreprises utilisent les fonds comme bon leur semble sans se soucier du lendemain. Par conséquent, les employés connaissent de nombreux mois d'arriérés de salaires et les licenciements sont très fréquents. De tels facteurs entravent l'indépendance des journalistes, puisque pour joindre les deux bouts ils sont obligés de recourir à des manœuvres douteuses comme le « gombo », où des nouvelles sont achetées et vendues, et à d'autres formes de chantage. La chute des ventes de quotidiens depuis les années 1990 n'a fait qu'empirer les choses.
Le marché de la publicité n'est pas très développé, à peine cinq grandes entreprises placent des annonces de manière régulière. Les contrats publicitaires sont négociés sur une base individuelle. En dehors des ressources publicitaires, certains médias bénéficient également du financement « occulte » de personnes haut placées des secteurs économique et politique.
La subvention de l'État pour la presse se monte à 150 millions de FCFA par an pour tout le secteur des communications (médias, agences de communication, industries graphiques, etc.). Certaines entreprises refusent les deux millions de FCFA (4 800 dollars) auxquels chacune a droit, non seulement parce qu'il s'agit d'une somme insignifiante, mais aussi parce que « cette aide n'a pas été votée au Parlement avec une clé de répartition claire », a déclaré Dgimeli Tafopi.
Objectif 5 : Institutions de soutien
Note : 2,11
Seul l'indicateur 1, associations commerciales, n'a pas obtenu de note proche de la moyenne de l'objectif; les panélistes lui ont attribué presque un point de moins.
La protection des intérêts professionnels par les institutions de soutien est sans aucun doute la clé de voûte de la création de la viabilité des médias au Cameroun. Il existe des syndicats et des associations de journalistes, mais leurs actions sont modestes en raison de l'absence d'un cadre juridique et de moyens financiers susceptibles de leur donner la possibilité d'agir en temps réel. Quoi qu'il en soit, le contexte médiatique actuel ne pourra s'améliorer que grâce à une forte action collective. Les journalistes doivent se mobiliser encore davantage pour pouvoir trouver une solution à leurs problèmes.
Au Cameroun, le SNJC a été créé en 2002. Depuis, de nombreuses autres associations et, dans une moindre mesure, des ONG œuvrant en faveur de la protection des droits de l'homme ont vu le jour. L'action de ces organisations reste cependant marginale en raison de problèmes administratifs et de l'hostilité du gouvernement. « Cette situation fait ressortir l'importance de la solidité des institutions de soutien qui protègent les intérêts des professionnels des médias », a déclaré Olinga Ndoa, un journaliste membre du SNJC.
Les panélistes n'ont fait aucun commentaire au sujet des possibilités de formation. Cependant, selon le rapport 2006 sur l'initiative de développement des médias africains du BBC World Service Trust sur le Cameroun, une école professionnelle, l'École Supérieure de Communication de Masse, et trois universités ayant des départements de journalisme donnent la possibilité aux étudiants de s'inscrire en journalisme. Ce rapport indique également que des ONG internationales offrent des cours de formation pour les journalistes.
Participants au Panel
Mbog Pibasso Achile Prosper, journaliste, quotidien La Nouvelle Expression
Bertran Aurélien Beumo, journaliste, CRTV
Roland Tsapi, journaliste, quotidien Le Messager
Guy Modeste Dzudié Ngamga, journaliste, quotidien Le Messager
Bouddih M. Adams, journaliste, quotidien The Sun
Albert Djacba, journaliste, quotidien L'œil du Sahel
Pius Njawe, propriétaire, quotidien Le Messager
Haman Mana, directeur, quotidien Mutations
Mactar Silla, directeur général, STV
Joceline Nankam, directeur, RTM
Henriette Ekwe, membre, Union des journalistes du Cameroun
Madeleine Afite, membre, Association des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT)
Abdel Nasser Njoya, membre, Palmarès
Baba Wame, enseignant, École supérieure des Sciences et Techniques de l'information et de la communication
Modérateur : Jean Marc Soboth, secrétaire national, Syndicat des journalistes du Cameroun
L'étude sur le Cameroun a été coordonnée et réalisée en partenariat avec Journaliste en Danger, Kinshasa, République démocratique du Congo.
