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MSI Afrique 2006-2007- Index de viabilité des médias 2006-2007

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Résumé - Afrique

L'Index de viabilité des médias pour l'Afrique (IVM) est une étude préliminaire de 37 pays subsahariens. L'IVM emploie la méthodologie élaborée par IREX en 2001, d'abord appliquée à l'Europe et à l'Eurasie, puis en 2005, au Moyen-Orient et à l'Afrique du Nord. Des notes de base ont été établies et des études qualitatives approfondies ont été effectuées selon un point de vue local pour expliquer les chiffres obtenus. Comme la méthodologie utilisée en Afrique a déjà été utilisée, une comparaison est possible. Afin de nous assurer de prendre en compte les caractéristiques propres aux médias africains, nous avons légèrement révisé notre questionnaire et le manuel d'instruction du modérateur pour que les panélistes n'oublient pas, par exemple, d'inclure les radios communautaires à leur évaluation.

L'application de l'IVM à l'Afrique a donné des résultats remarquables et les notes sont assez évocatrices de la situation des médias sur ce continent. En Afrique, l'IVM a attribué une nouvelle note globale élevée (3,10 en Afrique du Sud) et une basse (0,27 en Érythrée). Les notes ont révélé des environnements médiatiques inamicaux dans des pays comme la Guinée équatoriale, le Zimbabwe et le Soudan. L'information qualitative du chapitre s'y rattachant nous permet de constater la différence entre deux pays par exemple, le Zimbabwe et la Mauritanie, dont la note globale est similaire, mais qui s'engagent dans des directions opposées. En ce qui concerne la Mauritanie, les changements récents doivent encore prendre forme après des années de système clos, mais les panélistes étaient optimistes. Quant au Zimbabwe, il n'a pas suscité beaucoup d'espoir d'amélioration dans un avenir rapproché.

La nature multidimensionnelle de la méthodologie a permis de dévoiler la répression politique dans certains pays, comme le Kenya et l'Éthiopie. Alors que, comparativement aux autres, ces deux pays affichaient une note faible pour l'objectif de liberté d'expression, ils ont obtenu une note relativement plus élevée pour des objectifs, comme les institutions de soutien ou la gestion des affaires, ce qui indique qu'ils s'attachent aux vestiges d'un secteur des médias qui a déjà été plus vigoureux. Ce genre d'expérience passée pourrait servir d'élément central d'un développement futur. Pour terminer, les notes globales indiquent qu'environ une douzaine de pays ont presque atteint ou sont aux premiers stades de ce que notre méthodologie définit comme la « quasi-viabilité ». Bien qu'ils montrent un certain degré de fragilité, ils sont aussi prometteurs.

Dénominateurs communs

L'IVM révèle de nombreux traits communs et tendances communes des médias africains, ce que l'on peut constater en analysant les chiffres ou en lisant les chapitres sur chaque pays. En même temps, l'information qualitative de chaque chapitre souligne les caractéristiques uniques de chaque pays. Voici quelques points saillants que nous examinerons : la relation entre la gestion des affaires et un journalisme de qualité; la faible rémunération des journalistes et la corruption; l'importance de la radio, la nature des nombreux secteurs de radios communautaires et la viabilité de la presse imprimée; les subventions que l'État accorde aux médias privés et la nécessité d'effectuer des études de marché.

Si on regarde les notes que les pays pris individuellement ont obtenues pour les objectifs et les moyennes panafricaines, on se rend vite compte que deux objectifs font constamment piètre figure  soit le 2 et le 4, journalisme professionnel et gestion des affaires. La moyenne des objectifs pour l'Afrique varie du meilleur au pire comme suit : objectif 5, institutions de soutien (2,20); objectif 3, pluralité des sources d'information (2,04); objectif 1, liberté d'expression (1,94); objectif 2, journalisme professionnel (1,81) et objectif 4, gestion des affaires (1,63).

Quatorze des 37 pays étudiés suivent la tendance voulant que les objectifs 2 et 4 affichent la note la plus basse. Lorsqu'on évalue ces quatorze pays ensemble, la moyenne pour les objectifs 2 et 4 se chiffre à 1,57, contre une moyenne combinée de 2,25 pour les objectifs 1, 3 et 5. La différence est donc marquée : une note de 1,57 classe le pays au centre de ce que notre méthodologie appelle un « système mixte non durable », alors que 2,25 indique la « quasi-viabilité ». Une moyenne globale pour tous les pays d'Afrique donne des différences un peu moins radicales, mais tout de même notables : la moyenne pour les objectifs 2 et 4 est de 1,72, mais de 2,06 pour les objectifs 1, 3 et 5.

Il n'est sans doute pas étonnant que la gestion des affaires se situe en queue de peloton sur un continent où le secteur des affaires est en général sous-développé et où la pauvreté omniprésente freine la consommation de médias. Une note de dernier de classe pour le journalisme professionnel était aussi prévisible. Cependant, parce que de nombreux indicateurs qui composent l'objectif de la liberté d'expression — accès à l'information, émission équitable de permis de radiodiffusion, crimes contre les journalistes et lois relatives à la diffamation — constituent un problème dans presque toute l'Afrique, il est difficile d'imaginer que la performance du journalisme professionnel empirera.

Tel que l'indiquent les commentaires des panélistes consignés dans les chapitres et les notes supplémentaires des auteurs locaux, les mauvaises pratiques à l'égard d'un objectif semblent renforcer celles d'un autre. Par exemple, le manque de revenu empêche les journalistes de gagner un salaire naturel, ce qui se traduit en reportages de qualité inférieure dont le public se méfie; et à leur tour, de tels reportages inhibent la croissance de médias fiables que les citoyens apprécieraient. L'absence d'étude de marché pour déterminer le genre de nouvelles que veulent les clients nuit à la publication d'articles de fond sur des sujets comme la santé ou d'autres sujets non politiques. Comme il n'existe pas de source diversifiée de contrats publicitaires, la porte est ouverte à l'autocensure et à des reportages qui font l'affaire de quelques décideurs importants tout en faisant oublier la nécessité de créer une culture d'entreprise dans les médias. Les résultats démontrent avec force que les médias doivent devenir aussi robustes financièrement que le permettent les circonstances locales.

Entre la gestion des affaires et un journalisme de qualité se glisse parfois ce que beaucoup d'Africains appellent le journalisme gombo (on paie pour qu'un journaliste présente avantageusement un évènement ou une personnalité). L'existence de pratiques journalistiques corrompues dans de nombreux pays du monde est un secret de Polichinelle. En Afrique, elles ne sont guère plus étonnantes que les salaires de misère dont nous avons déjà parlé. Le faible revenu des journalistes s'est avéré l'indicateur le plus anémique de l'objectif journalisme professionnel, et ce, dans la majorité des pays du continent. Chose intéressante, dans plusieurs pays africains, certains journalistes ne sont pas payés, on s'attend à ce qu'ils s'assurent un revenu en adoptant les pratiques corrompues habituelles. Le commentaire de l'un des panélistes du Burkina Faso illustre bien la mentalité en question : « J'ai eu à confronter les propos d'un journaliste avec ceux de son employeur. Lors de son embauche, son patron lui a proposé de le payer à 70 000 FCFA [160 $] par mois. Il avait la maîtrise d'université. Et le patron aurait ajouté : il y a le gombo sur le terrain, tu vas allonger ton salaire avec ».

Les maigres salaires favorisent aussi un roulement élevé. Plusieurs panels ont rapporté que les jeunes journalistes acquièrent un minimum d'expérience pour ensuite se diriger vers les relations publiques ou dans des domaines connexes.

Il est communément accepté qu'en Afrique, la source prédominante de nouvelles et d'informations du grand public est la radio. L'analphabétisme, la tradition orale, le manque d'électricité pour faire fonctionner un téléviseur et le coût des journaux en font un média de choix. Les résultats de l'IVM appuient les constatations d'autres études sur la radio. Les radios communautaires et leur importance ont aussi fait l'objet de bien des recherches précédentes.

L'IVM a mis en évidence la diversité de la radio communautaire dans certains pays d'Afrique. Il a aussi indiqué les pays où la radio n'existe pas et ceux où elle pourrait être plus répandue. Au Nigéria, selon le panel de l'IVM « … il n'y a pas de véritables stations de radio communautaire », mais seulement des secteurs locaux du diffuseur de l'État. Au Niger, selon la loi, les radios communautaires ne peuvent pas présenter de nouvelles. Au Sénégal, elles ne peuvent pas vendre de publicité. Au Botswana, la loi autorise la radio communautaire, mais il n'existe pas de réglementation relative à son implantation; un panéliste a déclaré que le gouvernement craint que l'arrivée de la radio ne suscite des vagues de « tribalisme ». Les panélistes de la République démocratique du Congo sont d'avis que beaucoup de stations radio ont été ouvertes durant les élections pour servir de porte-parole politique et qu'elles se déguisent maintenant en radio communautaire.

Malgré l'audience cumulée de la radio, il ne faut pas sous-estimer l'importance des journaux en Afrique. Dans de nombreux pays, les panels ont rapporté que les journaux et les revues sont destinés à l'élite, trop chers pour la plupart des citoyens ou non offerts en dehors des villes en raison des réseaux de transport médiocres. De plus, nombre de panels estimaient la circulation de journaux individuels à peut-être quelques milliers d'exemplaires ou moins. Toutefois, les journalistes de la presse écrite réalisent encore certains des reportages les plus étoffés. Dans tous les pays d'Afrique, sauf en Érythrée, il existe des journaux privés; dans plusieurs pays, où l'État détient le monopole de la diffusion, les journaux donnent un son de cloche différent. Ils peuvent alors décider des nouvelles qu'ils présenteront et devenir le noyau d'un ensemble de journaux indépendants.

Plusieurs pays d'Afrique, en particulier d'Afrique francophone, accordent des subventions d'État aux médias commerciaux privés. En outre, dans de nombreux pays, le gouvernement et les entreprises publiques constituent la plus importante source de publicité. Les panélistes de divers pays ont affirmé que les montants de subventions que chaque média reçoit ne sont pas assez importants pour influencer la politique rédactionnelle. En fait, un panéliste du Cameroun a dit avoir refusé la subvention. Au Burkina Faso, les panélistes se sont plaints du fait que les médias qui reçoivent le plus de publicité gouvernementale sont aussi ceux qui reçoivent les subventions les plus généreuses. Dans d'autres pays, officiellement, les lois autorisent la subvention, mais les fonds ne sont pas avancés, ou pire, lorsqu'ils le sont, ils disparaissent, selon un panéliste du Tchad. Les gouvernements peuvent également utiliser la publicité à mauvais escient : au Kenya, le gouvernement a ordonné l'interdiction officielle de la publicité octroyée par l'État à tous les médias appartenant aux Standard Media Group après que son journal eut rapporté une allégation de complot par un ministre en vue d'assassiner le fils de l'ancien président. Au Botswana, les panélistes sont allés jusqu'à dire qu'une bonne part de la publicité venant du gouvernement va aux médias publics, ce qui rend les médias privés moins concurrentiels, et qu'en fin de compte, c'est l'État qui est subventionné.

En dernier lieu, les panélistes de l'IVM ont affirmé que peu, sinon aucune, études de marché ne sont utilisées. Il semble y avoir un malentendu au sujet de l'étude de marché : on présuppose qu'elle doit être onéreuse, étendue, porter sur tous les marchés et être menée par une multinationale. Très souvent, les modérateurs et les auteurs des chapitres décrivaient ainsi une étude ou l'une des études effectuées dans leur pays. Toutefois, les médias individuels peuvent utiliser un groupe de discussion pour effectuer, à peu de frais et en quelques heures, une étude auprès d'un nombre relativement restreint de consommateurs. Même dans les pays où il est impossible de vérifier l'audience ou les chiffres sur le tirage des journaux (c'est le cas de la plupart des pays d'Afrique), un produit amélioré aurait un effet positif sur les ventes et sur l'habileté à tirer des revenus.

Ce qui fonctionne

Plusieurs indicateurs individuels à l'intérieur des objectifs avaient régulièrement de meilleurs résultats que d'autres. Par exemple, l'indicateur 1,8 « Les médias ont un accès illimité aux nouvelles internationales et aux sources d'information » était le plus souvent celui qui fonctionnait le mieux dans l'objectif 1. Il en était de même de l'indicateur 1,9 « L'accès à la profession de journaliste est libre, et le gouvernement n'impose aucune restriction ni aucun permis ou droits particuliers aux journalistes ». En général, en Afrique, les gouvernements n'ont recours à aucune mesure visant à empêcher les médias d'émettre les points de vue des médias internationaux, de publier à nouveau ou de rediffuser leurs nouvelles. Sauf dans les pires contextes de liberté de la presse, en Afrique, n'importe qui peut s'improviser journaliste et faire des reportages sur les évènements en tant que pigiste ou propriétaire unique de n'importe quelle sorte de média. Il est à noter que, dans quelques cas, les panélistes auraient souhaité un genre de normes extrajudiciaires pour les journalistes. Les panels de nombreux pays ont rapporté que les gains récents en matière de pluralité de l'information s'accompagnaient de l'entrée en masse de nouveaux venus (souvent non qualifiés) dans la profession.

L'indicateur 2,4 « Les journalistes sont affectés à la couverture d'évènements importants » arrivait lui aussi en tête pour l'objectif 2. Les panélistes ont trouvé que les journalistes africains font du bon travail pour ce qui est de déterminer quels évènements intéressent le public et pour les couvrir. Si, pour une raison d'autocensure, un média ne couvre pas un évènement, comme une manifestation antigouvernementale, d'autres s'en chargent presque toujours.

À l'objectif 3, l'indicateur 2, « L'accès des citoyens aux médias domestiques ou internationaux n'est pas restreint », était la plupart de temps le plus performant. Il est très rare que la diffusion soit brouillée ou que les publications étrangères soient impossibles à obtenir. Même en Érythrée, les citoyens qui ont les moyens de s'acheter une antenne parabolique écoutent les nouvelles internationales. Très souvent, cependant, les panélistes ont souligné qu'il y avait une division entre les riches et les pauvres, et entre les habitants de la ville et ceux de la campagne. Les élites urbaines profitent du meilleur accès à tous les médias locaux et étrangers.

L'objectif 5, institutions de soutien, se portait bien en général. Le plus souvent, les panélistes ont exprimé leur appréciation pour le travail accompli par les associations professionnelles, les ONG et les associations commerciales, la plupart du temps dans cet ordre. La société civile semble enthousiaste à l'égard des professions médiatiques, même quand les ressources font défaut. Très souvent, les panélistes ont dit qu'il était possible d'utiliser sans restrictions les services d'imprimerie des entreprises et les canaux de distribution. Par contre, il a souvent été dit que les réseaux de distribution des médias imprimés étaient insuffisants ou inexistants, surtout pour la livraison dans les régions rurales.

Les choses vont bien en Afrique du Sud. La liberté de la presse y est solidement établie et la société civile a soutenu la croissance d'un secteur des médias qui est plus dynamique que celui qui existait durant l'apartheid. L'économie, la plus forte de l'Afrique, favorise un marché de la publicité vigoureux. Des études de marché sont réalisées et il existe des mesures fiables de l'audience et du tirage des journaux. L'Afrique du Sud est un pouvoir médiatique régional : de nombreuses entreprises médiatiques qui y sont établies exercent leurs activités dans plusieurs pays du sud de l'Afrique.

L'IVM dans les environnements extrêmes et dans ceux où sévissent des conflits

L'IVM a été utilisé pour étudier les systèmes de médias répressifs en Europe et en Eurasie, y compris en Ouzbékistan; et au Moyen-Orient, dans des pays, comme la Libye et l'Iran. Mais l'Érythrée est le premier pays où il n'existe absolument aucun média privé. Certains panélistes doutaient que l'IVM puisse rendre avec justesse la situation terrible de l'Érythrée. L'un d'entre eux a écrit que la méthodologie de l'IVM n'est pas « … conçue sur mesure pour les États totalitaires comme l'Érythrée et la Corée du Nord, qui sont en soit des catégories. Le genre de système de comparaison de notes que le questionnaire propose s'effrite devant les médias absolutistes, monopolisés par l'État et créés uniquement dans une visée propagandiste ».

Après avoir compilé les notes et les commentaires, et préparé le chapitre sur ce pays, nous sommes fermement convaincus que l'IVM a fonctionné dans sa situation. Premièrement, le chapitre sur l'Érythrée montre comment l'État s'est immiscé dans presque tous les aspects du secteur des médias au pays. Par exemple, l'indicateur 3,5 « Les médias indépendants produisent leurs propres émissions d'information » peut, dans un premier temps, sembler inopportun, mais en fait, il nous rappelle que l'Érythrée ne dispose pas de médias indépendants de diffusion ni de voix divergente. Presque tout l'objectif 4, gestion des affaires, peut sembler non pertinent, cependant, mesurer l'Érythrée à cet aulne prouve à quel point les médias de ce pays sont loin d'être viables et donne l'envergure des transformations qui s'imposeraient si la situation politique venait à changer.

De plus, la comparaison de l'Érythrée avec ses voisins permet de mettre l'odieux de la situation en contexte. Plusieurs autres pays d'Afrique attirent l'attention en raison de l'antipathie gouvernementale envers la liberté des médias, mais jamais autant que l'Érythrée. Du point de vue quantitatif, les notes de l'Érythrée sont loin derrière celles des autres pays, ce qui révèle l'ampleur de l'abus qui y règne. Du point de vue qualitatif, en examinant ce chapitre parallèlement à n'importe quel autre pays d'Afrique, nous prenons vraiment conscience de la raison pour laquelle les résultats sont si médiocres et de la gravité d'une situation qui dépasse les abus criants aux droits humains. À n'en pas douter, tant les notes que le chapitre illustrent bien le sort des médias dans un État monopolisé et absolutiste.

L'Étude présentée par la Somalie était intéressante pour une autre raison. Le secteur des médias est tiraillé dans bien des directions par des intérêts politiques, militaires, criminels et des clans. Au moment de l'étude de l'IVM, les conditions étaient extrêmement difficiles et dangereuses. Illustration tragique de la situation : avant que l'étude n'ait lieu, un journaliste choisi pour être membre du panel a été assassiné par un tueur embusqué. Toutefois, à ce moment-là, le gouvernement fédéral de transition était extrêmement faible et désorganisé. Il ne disposait pas des ressources qui lui auraient permis de s'ingérer à grande échelle dans les médias. Ainsi, l'IVM a observé un point dans le temps où, en raison de négligence, les médias jouissaient de la liberté en Somalie. Pendant un temps limité, ils ont pu diffuser des nouvelles percutantes sans risque de fermeture. En période d'anarchie, quiconque était capable de se payer l'équipement nécessaire pouvait installer une station de radio en évitant les problèmes de demande de permis et d'attente potentielle.

Après la tenue du panel, la situation a rapidement changé, le gouvernement s'était stabilisé et manifestait peu de tolérance envers les vues pluralistes dans les médias. Les forces de sécurité occupaient régulièrement les stations de radio qui exprimaient librement divers points de vue et n'hésitaient pas à les fermer. La violence envers les journalistes s'est accrue au point de devenir systématique. Les résultats du panel de 2008, témoigneront à coup sûr d'un contexte totalement différent de celui de 2006-2007.

Une dernière réalité mérite toutefois notre attention : le rôle de la presse écrite. Alors qu'elle n'était pas entièrement à l'abri des mesures de répression imposées par le gouvernement fédéral de transition, la presse écrite a beaucoup moins souffert que la radio, le média prédominant. En un sens, sa faiblesse peut être perçue comme une force, car elle l'a mise à l'abri du radar gouvernemental. Et, bien que l'écrit atteigne moins de gens à point nommé que ne le fait la radio, il peut présenter des optiques et des informations différentes, qui seront retransmises oralement. En outre, la presse écrite permet aux journalistes d'acquérir une expérience précieuse.

Développement des médias – points communs : Afrique, Moyen-Orient, Europe et Eurasie

En conclusion, certains enjeux communs au secteur des médias dans les trois régions étudiées, l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Europe, commencent à émerger. Dans le cas des pays récemment libéralisés, les médias commencent à prendre de l'essor, mais non sans problèmes. Les lois sur la diffamation criminelle, qui ont tôt fait d'infliger des amendes et la prison à ceux qui sont reconnus coupables, et qui forcent les journalistes qui font une demande en justice à prouver leur innocence, perdurent malgré les recommandations et les exhortations des associations locales de médias, des organisations internationales pour les droits des médias et de divers donneurs. Les panélistes de nombreux pays ont déclaré que la faiblesse des salaires affecte la qualité du travail et encourage la corruption, mais ils ajoutent qu'emboîter le pas de la corruption est toujours une question d'éthique et de choix personnel. Les panélistes ont souvent parlé de rédacteurs en chef et de propriétaires de médias beaucoup mieux payés que les journalistes, mais parfois, plus corrompus. L'un des points communs fort malheureux est que les crimes contre les journalistes, qui ont souvent un lien avec des acteurs politiques et gouvernementaux, se paient rarement par la punition des coupables.

L'IVM prend note de l'apport que fournissent les médias dans de nombreux pays malgré de sérieuses difficultés. Toutefois, la tendance déplorable à adopter les lois de façon sélective, le mépris des gouvernements pour les principes de libre expression et de liberté de la presse, les économies fragiles et les institutions médiatiques financièrement vulnérables minent la capacité des médias de jouer leur rôle de « quatrième pouvoir » dans beaucoup de pays. Nous espérons que l'utilisation de l'IVM pour étudier l'Afrique et d'autres régions servira d'outil de représentation pour ceux qui travaillent dans les médias et pour d'autres qui essaient de régler ces problèmes.